L’article avec le titre « Procès de Frédéric Péchier : la défense tente d’immiscer le doute, évoquant une célèbre erreur judiciaire » vient d’être publié.
L’ombre d’une erreur judiciaire serait-elle en train de planer sur le procès de Frédéric Péchier ? C’est en tout cas ce doute que la défense a souhaité infiltrer dans l’esprit des six jurés qui assistent aux débats depuis trois mois, ce lundi 15 décembre. La semaine dernière, au terme d’un réquisitoire intense, les deux avocates générales ont pourtant requis la réclusion à perpétuité, assortie d’une période de sûreté maximale de 22 ans, à l’encontre de ce « tueur en série » aux crimes « hautement pervers ».
« Le néant de la preuve », une stratégie de défense
Mais pour prononcer une condamnation, « il faut des preuves », a martelé son avocat, Me Randall Schwerdorffer. Or, dans ce dossier, « c’est le néant de la preuve », a affirmé le pénaliste. « Je vous demande d’acquitter purement et simplement Frédéric Péchier », a ainsi conclu l’avocat, à l’issue de près de cinq heures de plaidoirie. Ce doute qui profite à l’accusé, il l’a immiscé en établissant un parallèle surprenant avec une célèbre erreur judiciaire.
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Dans ce dossier, « on a fait avec des coïncidences une règle de preuve, mais ce ne sont que des coïncidences », a estimé Me Schwerdorffer après l’audience. « On a expliqué aux jurés que les coïncidences n’existaient pas et que le hasard n’existait pas », mais « allez expliquer ça à monsieur Dils – qui s’est trouvé par hasard près du lieu du crime de Francis Heaulme – que le hasard n’existe pas », a-t-il ajouté.
Le parallèle « malhonnête et déplacé » avec l’affaire Patrick Dils
La comparaison entre Frédéric Péchier et Patrick Dils peut interroger, elle est même « particulièrement malhonnête et déplacée », a jugé Frédéric Berna, le défenseur de nombreuses parties civiles. Patrick Dils, lui, avait passé 15 ans en détention pour les meurtres de deux enfants commis en 1986 près de Metz, avant d’être acquitté en appel. Dans les deux cas, « il fallait que ça aille vite » pour trouver un coupable, a retracé la robe noire. Dénonçant une enquête à charge, il a souligné que dès le début de l’enquête en mars 2017, les enquêteurs ont été « convaincus de la culpabilité de Frédéric Péchier ». Leur objectif était ainsi de la « démontrer »
« Jamais on ne cherchera ailleurs », a-t-il fustigé. « On a fabriqué un coupable » et « toute la communauté médicale » s’est liguée contre lui. Dès lors, son sort était « scellé », selon lui. Mais pour la partie civile, ce parallèle est irrecevable. « On ne peut pas comparer Patrick Dils, qui avait 16 ans à l’époque, qui était assez peu lettré, qui était un garçon très fragile, et qui de surcroît a avoué, avec le Dr Péchier, qui est un homme supérieurement intelligent, qui a 45 ans à l’époque et qui n’a jamais rien avoué », a commenté Frédéric Berna.
Un empoisonneur existe, mais ce n’est pas Péchier
L’avocat de l’anesthésiste de Besançon a estimé qu’il n’y avait « rien d’hallucinant dans la vie » de son client. Pour lui, rien « ne permet de dire qu’il est dingue », alors que pour « tuer à répétition de cette façon-là, il faut une telle rage, une telle violence ». Mais « quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il sera toujours critiqué », regrette le pénaliste, et « comme Patrick Dils était devenu “le tueur d’enfants, le monstre”, Frédéric Péchier est devenu “l’empoisonneur, le monstre” ».
Une certitude subsiste cependant aux yeux de la défense, « il y a bien un empoisonneur à la clinique Saint-Vincent », mais ce n’est pas Frédéric Péchier. Au terme de sa plaidoirie, l’avocat a ainsi appelé les six jurés populaires et les trois magistrats professionnels à l’ « impartialité ».
« Un des plus grands criminels de l’histoire judiciaire »
Mais pour les avocates générales, Frédéric Péchier a pollué des poches de perfusion utilisées pendant les interventions pour déclencher des arrêts cardiaques incompréhensibles pour les soignants. L’ancien anesthésiste apparaît comme « l’un des plus grands criminels de l’histoire judiciaire française » selon l’accusation. À ces crimes répétés, une seule solution : le médecin cherchait ainsi à nuire aux collègues avec qui il était en conflit et « nourrir sa soif de puissance ».
L’homme qui comparaissait libre depuis le 8 septembre a quitté le palais de justice, escorté par les forces de l’ordre. Il devra « rester à la disposition de la justice » et ne pourra pas quitter le logement qu’il occupe à Besançon, a précisé la magistrate. Avant que la cour d’assises du Doubs se retire pour délibérer, l’accusé a prononcé ses derniers mots… « Je ne suis pas un empoisonneur », a clamé Frédéric Péchier, qui encourt la réclusion à perpétuité.
« Ça fait huit ans que je me bats contre le fait qu’on me présente comme un empoisonneur », mais il a insisté à nouveau. « Non, je ne suis pas un empoisonneur », a déclaré le médecin de 53 ans. Accusé d’avoir empoisonné 30 patients dont 12 sont morts, entre 2008 et 2017, le quinquagénaire assure avoir « toujours respecté » le serment d’Hippocrate. Au sortir de 15 semaines d’audience, elle s’est aujourd’hui retiré « dans un lieu tenu secret » pour délibérer. Le verdict est attendu d’ici à vendredi.
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